Les âmes torrentielles – ou le mystère comme étincelle

Je viens de finir un livre magnifique « Les âmes torrentielles » de Agathe Portail. Une plongée dans la nature. Un gaucho, qui a déjà fait sa vie, et s’en offre une deuxième, la sagesse pour seul paquetage. Une héroïne, en colère, qui pense régler des comptes ancestraux par une violence préméditée. Et quelques pions et flashbacks, pour nous intriguer un peu. Le lecteur sillonne une vallée, un peu perdue de Patagonie (ya pas de rézo !), bientôt sous l’eau pour alimenter un barrage. C’est beau, c’est limpide, c’est recherché, c’est simple. Tout y est, l’humanité intérieure de ses héros, des dialogues minimalistes, en tension, une immersion parfaite dans ces paysages à l’autre bout de mon petit bout de Méditerranée.

Comment a fait Agathe Portail, parisienne, pour écrire un tel roman ?

A la fin de son roman (magnifique, je vous l’ai déjà dit ?) l’auteure remercie beaucoup de gens. Et elle précise que cette œuvre, est issue de voyage, de hasard et de rencontres, qui ont piqué sa curiosité, et l’ont faite plonger dans cette vallée lointaine de Patagonie, avec ses peuples, sa culture en déclin, ses us et coutumes. Cette envie de tirer le fil de Patagonie, lui a donné le courage, la volonté, la ténacité d’écrire, de relire, de corriger, re-relire, re-re-corriger, etc, etc, …Le résultat est bluffant. Elle nous emporte avec elle. C’est brillant.

C’est un sujet que j’aborde souvent en atelier. Quels sont les ingrédients pour se lancer dans l’écriture ? Quels sont les ingrédients pour tenir dans la durée ?

L’autorisation de vagabonder légitimement du côté de l’écriture, n’est pas suffisante. Il nous faut. Le pétillement au fond de l’œil. L’étincelle. Oui, bon, c’est une image. Il s’agit d’une question irrésolue à laquelle répondre nous ferait plaisir, ou nous donnerait de la satisfaction. A quoi ça ressemblerait si j’écrivais sur ce truc qui me passionne ? Qu’est ce que je pourrais partager de ce sujet qui me taraude souvent ? Ce petit mystère, cette chose qui n’existe pas encore, mais qui le mériterait sans aucun doute, devient un but, une motivation à coucher sur le papier quelques pistes, quelques touches, de faire grandir le truc. Alors évidemment, le chemin est long. Mais une fois le but fixé, on va lézarder, avancer à son rythme, s’attacher aux personnages, se faire plaisir en égratignant quelques figures, distiller ses idées, ou leur inverse, histoire de se jouer quelques tours à soi-même. Parfois, on change de but en chemin. Peu importe. Il suffit de lever le nez, de se redire où l’on souhaite atterrir. Imaginer le plaisir de contempler une œuvre cohérente, que l’on aurait la joie d’offrir à son lecteur imaginaire.

Cette envie tenace. C’est ce que Agathe Portail a fait avec la Patagonie. C’est ce que Virginie Despentes fait avec ses convictions féministes. C’est ce que je fais lorsque j’écris ce billet, et que j’ai terriblement envie de vous partager ma pratique en atelier.

Et vous, sur quoi auriez-vous passionnément envie d’écrire ?

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