La Petite Menteuse dans les airs

Les voyages ont ceci de fantastique, au delà de former la jeunesse, c’est qu’ils laissent du temps pour lire.
Me voici dans les airs en direction des Amériques, depuis 3 heures, incapable de faire une vaisselle, un gateau ou de scroller les internets, prisonnière d’un temps de farniente. Résultat, j’ai terminé mon repas et ce roman passionnant qu’est « La petite Menteuse » de Pascale Robert Diard. Cent soixante six pages en format poche, avalées avec autant d’appréhension et d’envie que ce gâteau au chocolat mi-creme mi-fondant sorti des entrailles de cet avion.

« La petite menteuse », c’est l’histoire d’une jeune femme de 20 ans qui prépare son procès en appel pour une aggression sexuelle qu’elle a subi 5 ans auparavant. C’est aussi l’histoire d’une avocate qui accepte de la défendre. C’est l’histoire de la sexualité d’une adolescente, construite de bric et de broc, à coup de non-dits, de seins trop gros, de garçons mal éduqués et de course à la réputation.
Je l’ai lu d’une traite, sous ma petite couverture, bercée par les turbulences, et je vous livre quelques réflexions sur la construction de ce roman.

Ici. Je ne spoile rien. Je décortique.

La structure.
Ce livre est conçu sur la base de deux voix. Alice, l’avocate. Lisa, la victime. On les suit toutes les deux, tour à tour dans leur quotidien ou ensemble, sur quelques semaines, avant et pendant les 3 jours de procès.  C’est aussi une histoire que l’on arpente plusieurs fois. On boucle, mais on ne s’ennuie pas. On découvre l’histoire, à la lecture du dossier, dans la bouche de Lisa, dans la bouche des témoins de l’affaire, dans la plaidoirie finale. Le récit de ce passé s’etoffe, petit à petit. Les points de vue se complètent. C’est bien joué.

Les personnages.
La galerie de personnages est étendue. Deux héroïnes. Et une ribambelle d’avocats, de témoins, de parents, de policiers. Ces derniers ont à peine un visage. On les voit flou, mais on entend clairement ce qu’ils disent de l’affaire. Procédé étrange, mais insuffisant à mon goût. Une voix et 2 ou 3 détails ne feront jamais un personnage crédible. Surtout si c’est un personnage clé pour l’histoire et proche de l’héroïne. Rien ne vaut d’utiliser les 5 sens pour rendre crédible ses personnages, de passer du temps avec eux, et de les rapprocher un peu du lecteur.

Le récit. La tension.
Rien de fantastique du côté de l’écriture. Elle est efficace, n’offre pas vraiment de relief. Par exemple, rien à voir avec l’écriture d’une Nina Y dont je lis un roman loufoque en parallèle. Pourquoi l’ai-je avalé en 2 heures malgré tout ? Parceque il y a une tension qui m’obligeait à vouloir savoir comment ce procès allait se terminer. Le fil rouge est véritablement une ligne de  crête. On avance en équilibre entre une avocate, un peu froide, une victime qui veut tout dire, trop soulagée d’être entendue une seconde fois pour livrer sa vraie version, et des personnes témoins-bourreau-complices bardés de convictions. On oscille entre opinion et faits, fantasmes et réalité. Je m’en explique juste après ce message d’avertissement.

Message d’avertissement. À partir de maintenant, je spoile un peu. Passe ton chemin si tu as déjà décidé que tu lirais ce bon livre. Reste ici, si de toutes les façons ta PAL a atteint la hauteur de ton plafond.


Ce livre parle du doute lié aux accusations de viol. Comme dans « Les choses humaines » de Karine Tuil, il raconte ce genre de procès dans un contexte de vague de dénonciation des violences sexuelles. Dans une ambiance de chasse à l’homme. Il parle de la fragile limite de la qualification des aggressions. De la responsabilité des victimes. Il parle de mensonges et de fausses accusations. Et en cela, il m’accroche. Moi, feministe, qui prend le parti de dire systématiquement « je te crois, on vous croit », ce livre est gênant pour moi. Je souhaiterais tellement ne jamais  donner en pâture aux réacs, aux sexistes, aux incels, aux ennemis des femmes, aux hommes qui ne quittent pas leur piédestal une raison de dire « haaa, tu vois, elles mentent ». Donc, oui, ce livre je l’ai lu pour savoir. Et pour gagner en nuances. Pour me rappeler que chaque histoire est différente. Que même si la domination du masculin est réelle dans notre société, elle peut donner lieu à des histoires qui ne l’accable pas toujours.

Un livre. Cent réflexions. Encore une fois.


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