
On dit souvent que en écriture on peut tout faire, tout imaginer. C’est vrai. Mais il y a quelques petites choses à ne pas négliger, sous peine de tuer l’amour naissant de votre lecteur. Bienvenue à notre halte littéraire du jour : ‘L’Hôtel des Oiseaux’ de Joyce Meynard. Ce roman, raconte l’histoire d’une femme américaine qui perd mari et enfant en un jour, et s’exile dans un hôtel en Amérique Centrale, au pied d’un volcan, qu’elle retape (l’hôtel, pas le volcan). On croise dans ce livre des touristes, des embuches et surtout des pépites pédagogiques parfaites pour illustrer ce qu’il ne faut pas faire en atelier d’écriture. On y va !
Tout d’abord. La narration. L’auteure choisit une narration interne, depuis la voix et les yeux de l’héroïne. Pourquoi pas. C’est un choix. On a le droit. Néanmoins, l’équilibre délicat et obligatoire entre tout dire (réflexions, pensées, doutes, désirs, envies), et laisser entrapercevoir les choses n’est pas atteint. Le grand déballage, nous laisse deviner où, comment et quand le personnage principal évoluera, avec des phrases du style ‘elle ne savait pas encore qu’une rencontre prochaine lui ferait prendre l’avis contraire’ (j’avais envie de rajouter Tantantantantan après ce genre de phrase). Ou comment spoil en une phrase 3 chapitres, et créer un ennuie terrible chez votre lecteur.
Les personnages. La galerie des personnages secondaires est le parfait exemple de ce qui pourrait arriver si vos personnages décidaient de faire la grève de
l’évolution. Semblables, du début à la fin, aussi déterminés et prévisibles qu’une boîte de conserve dans une épicerie. A la première description, on arrive à deviner qui ils sont (super), mais également à anticiper leur contribution au récit sur les 20 prochaines pages. Dont do that. C’est très dangereux.
La logique et le rythme. Pardon, je suis physicienne, il me faut de la logique, du rythme, de la fréquence. Sauf si on m’explique que l’on est dans un monde où les règles fondamentales du temps, de l’espace et des rapports humains ont changé. Le monde de ‘L’Hôtel des Oiseaux’ est un peu comme un vague rêve après une nuit d’insomnie. Il y a des sauts dans le temps, des ralentissements, des accélérations, des scènes absurdes dont la non-crédibilité émeut. Genre. Dans un désert, suite à une panne de car, un des chauffeurs part sur la route à pied, trouve un casino, gagne de l’argent et donne ses 5000 balles à notre héroine sans le sou parceque ‘elle semble en avoir besoin’. Cet argent lui permettra d’arriver jusqu’à l’hôtel du titre. #KillMeNow
Voilà. Je vous passe mon effroi quand à la fin du bouquin, je suis tombée sur un plaidoyer de l’auteur pour que chaque auteur puisse écrire sur n’importe quelle culture, même si ça n’est pas la sienne. Elle se plaignait d’avoir reçu des critiques sur son droit à rapporter des éléments culturels d’Amérique Centrale en étant américaine. Mon sentiment, c’est que le ton caricatural de son écriture est un véto au droit d’écrire sur une autre culture. Bon, okay, je vous parlerai un autre jour de Peter Mayle 🙂
Illustration :Utagawa Kuniyoshi
Je suis Virginie Galindo et j’anime des ateliers d’écriture créative. Mon mode d’accompagnement est bien plus bienveillant que ce billet que vous venez de lire. C’est juste que les contre-exemples étaient trop beau. Si vous avez envie de vous lancer, un atelier Premiers Chapitres est prévu le dimanche 17 Mars 2024 à la Ciotat. Contactez-moi pour vous inscrire.
