182 pages avec l’ennemi

Lire un Enlèvement, de François Bégaudeau, est une torture-délice ou l’inverse. C’est comme manger une glace Macadamia Nut Brittle trop froide pour vos dents, comme avaler un tacos cinq étoiles un peu trop pimenté. On a très envie de se nourrir, mais ça picote quand même.

L’histoire. Une famille en vacances, dans un petit appartement en bord de mer, comme chaque année. Lui, cadre sup sans doute, elle, communicante de crise, une femme à sang froid, une ado, un jeune fils. Le narrateur est le père de famille, il nous embarque avec lui dans son quotidien et ses pensées les plus intimes, du petit déjeuner aux soirées endiablées (non) de vacanciers.

Tout est très satisfaisant pendant ces vacances. Maîtrise et harmonie. La petite famille est régit par les règles de la bienséance. On s’aime, on se parle avec bienveillance (évidemment), on acceuille son prochain et sa différence avec ouverture d’esprit, on prend soin de la planète, on essaie de donner un peu de sens à nos vie, de suivre ses valeurs, quel que soit son âge.

Et puis. Petit couac, le jeune garçon de cette famille rentre en Septembre en CE1 et ne sait pas lire. Propulsant les parents de l’autre côté de la ligne rouge où on doit l’encourager mais ne pas le culpabiliser, l’accompagner, mais ne pas le juger, le motiver mais ne pas le stresser, et finalement assumer la honte de ne pas être une famille que de winners. Bref. Vous avez compris. Oups. Autre petit couac ! Monsieur aurait une maîtresse ? Hummm. Les coups de canif se multiplient dans le code de déontologie de cette famille insupportablement ancrée dans la retenue, le jugement et le contrôle.

Les personnages sont absolument crédibles et détestables. L’écriture est immersive, on aime être au plus près de cette famille prise en flagrant délit de contradiction, humaine et vulnérable. Monsieur Bégaudeau réussit le tour de force de me garder avec lui pendant 182 pages avec ces personnages qui représentent tout ce que personnellement je déteste. L’envolée des quelques dernières pages sont en contraste, un instant de liberté grisante, comme une glace à l’exacte bonne température, ou un tacos au piment idéal.

A lire ! Goulûment.

Laisser un commentaire