En lecture, il faut savoir reconnaître ses limites…

Je traîne depuis quelques jours sur mon canapé. La grippe a eu raison de moi. Dans les instants de lucidité, je me suis attelée à la lecture d’un autre primé de Flore, Raphael Rupert, honoré pour le roman « Anatomie de l’amant de ma femme ». Il se trouve que en même temps, un des ados sous mon toit révise son bac de français, et on parle beaucoup de Rabelais, et de son prologue de Gargantua qui met en garde le lecteur de ne pas opposer légèreté et sens profond, humour et savoir, et plus particulièrement lorsque les titres des ouvrages sont légers. Avec ces éléments en tête j’entame avec joie ce roman au titre un peu olé olé, espérant que Rabelais ait raison.

L’histoire. Anatomie de l’amant de ma femme, c’est la mise en scène de l’auto-fiction d’un homme qui s’appelle Raphael (comme l’auteur, donc), marié à une écrivaine (du style, qui publie tous les ans), et qui s’engage dans une reconversion d’écrivain, lâchant son cabinet d’architecte.

Temps un. Afin d’écrire sous contrainte (j’achète), il décide de rassembler plusieurs sujets sans rapport dans un même roman (pourquoi pas), et choisit l’histoire d’un officier nazi pétomane. Bon, dit comme ça, ça parait un peu… un peu… potache. Ben en fait, ça l’est.

Temps deux. Ca n’est pas tout. Le héros, souhaite écrire sous contrainte et sous tension. Logiquement, il mate du porno avec régularité avant chaque séance d’écriture, pour se mettre en jambe, pour attiser sa créativité (pourquoi pas ?).

Temps trois. Coup de grâce, le héros tombe sur le journal intime de sa femme (red flag) qu’il lit de manière répétée (re-red flag), et il finit par y dénicher un passage qui révèle que l’amant de sa femme en a une plus grosse et longue que lui.  Et donc, à partir de cet instant, le roman bascule. On part avec Raphael dans une quête de sens à son existence. Et cet homme fragile, finit par coucher avec la meilleure amie de sa femme (re-re-red flag), et à errer entre les différentes théories du sexe dans le couple.

Est-ce que ce livre ne parle que de sexualité ? Oui. Quasiment. Le personnage et ses aventures sont servis par une belle écriture. Des scènes qui valent le détour. Quelques mots fins. Mais ça ne décolle pas. Ces quelques passages élégants sont contrebalancés par une écriture d’errance, d’association d’idées hasardeuses, de trébuchements presque fatiguant. De posture intellectuelle un peu vaine. « Nous parlions avec Béatrice de je ne sais plus trop quoi, ou si, je me rappelle, mais il y avait de nombreux sujets imbriqués (je sais que je lui ai parlé de mon roman et qu’elle a insisté pour que je lui fasse lire le début, trouvant l’idée brillante, je faisais le modeste le regard perdu au fond de mon cognac, peut-être croyais-je vraiment à ma modestie). Nous avons parlé de Naples, je ne sais plus pourquoi. J’avais trouvé cette idée intelligente que les gens meurent mais que les villes sont immortelles, avant de changer d’avis, et que c’était peut être l’inverse […]. » Vous voyez, le flottement permanent ?

Je reste indifférente. Pourquoi ce qui aurait pu être un roman drôle avec un homme fragile, un homme cliché, enchainant les aventures et mésaventures (je vous laisse découvrir la scène du tournage de film porno avec un Raphael déguisé en SS) me laisse finalement indifférente ? Je suis coincée ? Non, je ne crois pas. Le roman est trop facile ? Non, pas tellement. Pour ma sensibilité, ce roman oscille entre la caricature du mec fragile, et l’auto-fiction qui se prend au sérieux, sans que ce soit vraiment assumé. Par ailleurs, je crois que ce genre de roman tape pile hors de ma zone d’intérêt. Un peu comme lorsque j’ai lu le roman de Michel Houellebecq « Sérotonine », ennuyeux, sexiste, focalisé sur des préoccupations de petits bourgeois, sans élévation aucune. Un roman, à la fin duquel, on a passé un moment moyen, on n’a pas vraiment vibré, ni réussi à changer de vision sur le monde. Peut-être que deux romans comme cela, en peu de temps, c’est ma limite.

Evidemment, mon goût ne saurait être universel. En écriture comme en lecture, notre singularité façonne nos sensibilités. Je vous laisse donc écouter Raphael Rupert raconter son roman, si vous avez envie d’un autre écho ! Dans un prochain billet, je vous partagerai deux merveilles qui m’ont fait apprécié la grippe et mon canapé !

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