L’écriture, c’est pas pour toi !

Parlons d’écriture

J’ai toujours rêvé d’écrire, mais c’est pas pour moi.

Depuis que j’anime des ateliers d’écriture, c’est la réaction que j’obtiens des interlocuteurs à qui j’en parle. Bien que je sois une piètre commerciale de ma modeste et ludique activité, j’aime creuser lorsque je suis face à cette réaction. Non pas pour convaincre, mais pour comprendre. Ha bon ? C’est pas pour toi ? Pourquoi ? Parce que je ne sais pas écrire. Je ne serai jamais publiée. Il y a de bien plus grands écrivains que moi. Je n’ai pas le temps. Je n’ai pas le courage. Ca doit être long d’écrire. Ce à quoi, je répondrai volontiers, dans l’ordre. Ha bon ? Sans doute. Certainement. Ha ? D’accord. Oui. Mais la question que je pose souvent, c’est : Sur quoi aimerais-tu écrire ? Et en général, les yeux pétillent, le sourire s’agrandit, et mon interlocuteur sait très bien répondre. L’histoire de ma famille. Un truc sur la douceur du monde. Mon trek en montagne. Un policier bien trash. Mon expérience de père. Un conte pour enfant.

La vraie conversation, le désir.

Et c’est bien cette conversation que j’aime avoir. De la raison pour laquelle, bien que persuadés que nous ne sommes pas des écrivains, que nous ne sommes pas taillés pour nous assoir à une table, et passer du temps à ne rien faire d’autre qu’écrire, malgré tous ces obstacles imaginaires, ancrés dans une croyance que l’écriture ne serait réservée qu’à une élite, nous osons garder quelque part l’idée que nos écrits pourraient exister.

Bien souvent, il y a l’intuition que la singularité d’un point de vue pourrait apporter quelque chose. Avoir un intérêt, pour soi, pour un cercle restreint, pour certains autres, ou pour le monde entier. Et si l’on creuse un peu, le désir de laisser une trace dans ce monde émerge. Capturer ses pensées, dire son expérience, laisser libre cours à son imagination, parler de ce que le monde nous évoque, parce que, pourquoi pas ? Evidemment, cette ambition se retrouve rapidement étouffée par quelques arguments d’incompétences, d’illégitimité, d’inutilité de la démarche et de l’effort. Les rêves se retrouvent trop vite noyés dans le courant bien fort de la productivité et de l’utilité.

Alors ? C’est pour moi ou pas ?

Mes interlocuteurs confondent peut-être le chemin et la destination. De mon point de vue, tout écrit n’a pas vocation à finir en vitrine des librairies de France. Entre un désir secret gardé à l’état de possible, et la position de star du petit monde fermé des écrivains célèbres, il existe une écriture plaisir. Une écriture innocente, une écriture improductive au sens de la grosse machine industrielle littéraire. Cette écriture que l’on aligne pour se faire plaisir, pour la satisfaction d’avoir ordonné une pensée, d’avoir capturé un instant de beauté pour toujours, d’avoir fait s’entrechoquer quelques mots l’un contre l’autre pour flatter une oreille sensible au rythme, d’avoir dégommé un cauchemar dans un monde fiction, d’avoir écrit un beau texte pour ses proches.

Cette écriture là, accessible à tous, de mon point de vue, est le début de tout.

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